Махаббат

Kazakhstan

* "amour" en Kazakh

Quelques précisions sur cette langue

Le kazakh (parfois orthographié kazakhe ou qazaq) est une langue appartenant à la famille des langues turques. Il est parlé par les Kazakhs en Asie centrale, principalement au Kazakhstan, où il est la langue nationale, représentant en 2001, 53,4 % de la population, le reste de la population étant très dispersé, et dans la région autonome du Xinjiang en Chine. Le kazakh est écrit de différentes manières : avec une variante de l’alphabet latin proche de celle utilisée en turc, en alphabet arabe modifié (en Chine, en Iran, une petite partie de la Mongolie, en Afghanistan) et en cyrillique agrémenté de 9 lettres supplémentaires (Ә, Ғ, Қ, Ң, Ө, Ұ, Ү, Һ, І), qui est l’écriture officielle au Kazakhstan. Le kazakh est particulièrement proche du kirghiz.

Quelques références littéraires et cinématographiques

CINEMA

Le Kazakhstan, la plus étendue et de loin la plus peuplée des républiques d’Asie centrale, fait son entrée dans le cinéma dans les années 1940, avec Amangely de Moisy Levin (1938). A partir de 1967, des films d’animations commencent à être produit, Pourquoi l’hirondelle a une queue en ivoire de Khaidarov, premier long-métrage du genre. Durant la perestroïka (1985-1991) de jeunes réalisateurs s’affirment avec un cinéma indépendant et deviennent les représentants kazakhs de la « nouvelle vague », parmi les plus originaux de la région. La présence du cinéaste russe Sergueï Soloviev (Atelier VGIK, Institut de la cinématographie), qui effectue un travail de formation, n’y est pas étranger comme le cinéma français. À ce sujet Rachid Nugmanov nous dit : « J’ai moi-même grandi avec le cinéma français, toute la classe de Soloviev regardait exclusivement des films de la vague française et chacun se prenait pour un héros. Moi, par exemple, mon héros était Jean-Luc Godard, pour Darezhan Omirbaev c’était Robert Bresson, pour quelqu’un d’autre c’était Truffaut et un autre accordait une attention particulière à la comédie. Le cinéma français des années 60-70 et même des années 30 a inspiré notre propre vague. »  Quand le cinéma kazakh commence à être programmé dans les festivals internationaux – en France, les premiers films kazakhs, Effleurement d’Amanjol Aituarov et Terminus de Serik Aprymov, sont projetés en 1990 lors du Festival de 3 Continents à Nantes – et à remporter ses premiers prix : « le long-métrage Contact a été présenté au festival du cinéma de Nantes, Le Louveteau parmi les gens à Francfort-sur-le-Main ainsi qu’à Lisbonne, la première Un amour de poisson se tint à New-York. Plus tard, le film de D. Omirbaev Cardiogramme a été présenté en France et est resté à l’affiche durant deux mois, Biographie d’un jeune accordéoniste de S. Narymbetov a reçu six prix dont celui Georges-Sadoul. », les cinéastes kazakhs commencent à se faire connaître en Europe. Cependant, marqué par l’idéologie soviétique, de nombreux thèmes leurs étaient interdits mais peu à peu ils vont s’intéresser à leur propre identité. Sergueï Dvortsevoï réalise des documentaires Le Bonheur (1995), La Piste (1999) qui se démarquent par leur précision et leur dimension poétique, et son film Tulpan est récompensé au Festival de Cannes. Plusieurs cinéastes n’hésitent pas à traiter de questions sensibles, voire sociales, et leurs films sont le plus souvent tournés avec des petits budgets : « Deux des représentants les plus remarquables de la nouvelle génération des réalisateurs sont Emir Baigazin et Adilkhan Erzhanov dont les films figurent déjà dans la liste des meilleurs films asiatiques. » (Revue Novastan) La FICA (Festival International du Film d’Asie) de Vesoul a proposé en 2012 une rétrospective (1938-2011), du cinéma Kazakh avec une sélection d’une vingtaine de films et le cinéaste kazakh Ermek Chinarbev, qui a signé La Vengeance présenté au festival de Cannes en 1989, et Ma vie sur le bicorne récompensé par le Léopard d’or au festival de Locarno en 1993, y participait. En 1998 la création, à l’initiative de scénaristes et réalisateurs Slambek Taoukel et Igor Vovnianko, du Festival Eurasia d’Almaty, l’ancienne capitale du Kazakhstan, a été un évènement important de la vie culturelle kazakhe. Financé de façon irrégulière il a été interrompu puis, repris en 2005, il poursuit son objectif faire connaître et rayonner les cinématographie d’Asie centrale, dont peu de films connaissent une carrière internationale. Yermek Amanshayev, le directeur du festival confie : « cela permet de faire collaborer efficacement les réalisateurs kazakhs avec l’Europe et d’autres pays ». Par ces événements le Kazakhstan, le plus grand pays d’Asie centrale, tient à se positionner en tant que véritable carrefour des échanges culturels et économiques entre l’Europe et l’Asie. Son activité cinématographique, malgré certains obstacles, est en plein essor.

 

 LE POEME DE L’AMOUR

SHAKEN AÎMANOV (1954)

L’acteur et réalisateur Shaken Aïmanov, l’un des plus brillants représentants du cinéma d’après-guerre au Kazakhstan et considéré comme l’un des fondateurs du cinéma kazakh, a signé quelques films cultes dans son pays, Notre Cher Docteur (1957), La Fin d’Ataman (1970), L’Ange à la calotte (1968).

Dans ce premier long-métrage le cinéaste évoque l’histoire d’amour du brave guerrier Tolegen, appartenant au clan Jagalbaïly, et de la belle Jibek du clan Shekty, tous deux appartenant à la Petite Jüz, un groupe ethnique Kazakh. Leur romance, à cause de conflits intertribaux, se termine tragiquement. Tolegen, combattant pour la main et le cœur de Jibek, est assassiné par Bekejan, un « batyr » ou mongol du clan de Jibek. Au bout de 9 ans, Jibek se marie avec Sansyzbay, le frère cadet de Tolegen.

 

KYZ ZHIBEK (LA JEUNE FILLE DE SOIE)

SULTAN-AKHMET KHODZIKOV (1970)

Asalani Ashimov (Tolegen)

La jeune fille de soie, adapté à l’écran sur un scénario du grand écrivain kazakhe Ghabit Musirepov, est une grande fresque épique où l’on retrouve le thème de rivalité des clans. Considéré comme le Roméo et Juliette kazakh, il retrace un amour impossible entre le jeune héros Tolegen et Zhibek, la belle et fière princesse. L’histoire se situe dans le Kazakhstan du XVIe siècle, époque où les guerres féodales font rage et rendent impossible l’unité du pays. Tolegen rêve de paix et d’unité, mais envoyé par son père pour attaquer le roi de la tribu rivale, les événements ne peuvent que se terminer tragiquement. Venu pour plaider la paix auprès du roi, dont il aime la fille, il l’épouse.  Après la nuit de noces, son union devrait avoir pour issue de conduire à la paix. De retour auprès de son père pour lui annoncer l’heureuse nouvelle de son mariage, celui-ci rentre dans une colère qui ne présage rien de bons pour les jeunes mariés. La princesse attendra en vain le retour de Tolegen… Leur histoire d’amour était pourtant née sous le signe de la poésie et des chants traditionnels.

KARALISOLOU (LA BELLE EN DEUIL)

YERMEK SHINARBAYEV (CM, 1982)

Ce court métrage relate le drame psychologique d’une jeune femme nomade dont le mari meurt prématurément. Ce film est à l’origine du long métrage Cœur fragile du réalisateur ; A l’époque il avait fait scandale car le film était considéré comme anti-kazakh.

 

QI JANG (TERMINUS)

SERIK APRIMOV (1989)

S. Kourmanbekov, M. Akhemetov, B. Alpeissov, N. Samaev

Erken, de retour à Aksuat, son village natal, après son service militaire, ne se sent plus ici chez lui. Il retrouve ses amis et sa fiancée, mariée à un autre. Le cinéaste nous dit Yannik Vanesse : « dresse un portrait sans concession du paysage rural kazakh, avec des femmes-objets, dont le seul rôle est d’entretenir la maison et de servir d’objet sexuel. Les hommes s’y révèlent mesquins et désœuvrés, donnant au héros l’irrépressible envie de partir ! »

 

ALCIZ SHUREK (CŒUR FRAGILE)

YERMEK SHINARBAYEV (1994)

Natalya Arinbassarova, Adikhan Essenboulatov, Saula Souleymenyva

Cette première co-production franco-kazakh raconte l’histoire d’Aïjan une ancienne danseuse étoile, qui enseigne la danse à l’opéra d’Alma-Ata. Elle est heureuse jusqu’au jour où sa vie bascule lorsque qu’un jeune homme de 25 ans à la dérive, lui exprime violemment le désir qu’il ressent pour elle. Commence alors une passion fatale entre le jeune marginal et cette femme. Adik la poursuit, elle tente en vain d’empêcher le jeune homme d’entrer dans sa vie. Mais une étrange relation d’attirance et de refus s’installe entre eux, un amour fou se déclenche, mais il devient trop intense pour le cœur fragile d’Adik…

 

TULPAN

SERGUEÎ DVORTSEVOI

2008, Grand Prix de la sélection « Un certain regard » et du Prix de la jeunesse au Festival de Cannes

Besikbasov Ondas (Ondas) Esljamova Samal (Samal), Kuchencherekov Ashkat (Ashkat)

Après son service militaire dans la marine Asa, en tenue de marin, rentre chez lui, au bout du monde, au fin fond des steppes du Kazakhstan. Il espère pouvoir y réaliser son rêve, fonder une famille et élever des moutons. Pour rester sur place, il doit se conformer aux coutumes et prendre femme, mais il n’y en a qu’une qui se profile à l’horizon c’est Tulpan. Asa va-t-il réussir à convaincre ses parents qu’il peut faire un bon mari pour leur fille, fonder une famille et avoir une ferme pour élever de nombreux moutons ? Tulpan ne veut pas de lui, il a de trop grandes oreilles et son rêve, au contraire de lui, c’est d’aller au collège et de laisser derrière elle les brebis et les steppes désertiques. Elle rêve d’une autre vie. Ce film est une parfaite illustration du dualisme entre liberté et enfermement. Le désert, par son étendue vierge et infinie, évoque la liberté autant que l’enfermement, car cet espace immense et vide où souffle la solitude, peut faire naître une sensation d’étouffement. Les documentaires de Sergueï Dvortsevoi rencontrèrent immédiatement une reconnaissance internationale. Le jour du pain (1998) a été nommé au prestigieux Joris Ivens Awards d’Amsterdam lors du Festival du film documentaire international.

 

LETTRE A UN ANGE

YERMEK SHINARBAYEV

C’est le portrait de Gulnara, une femme sensuelle et troublante, qui rencontre un écrivain qu’elle amène chez lui en échange d’une histoire. Ils passent la nuit ensemble à faire l’amour et à se conter des histoires réelles ou imaginaires. Elle se base sur les souvenirs d’une relation amoureuse très intense et lui achève à sa manière ses récits. Qui est vraiment Gulnara ?

 

KELIN

YEMEK TURSUNOV (2009)

Kuandyk Kystykbaev, Nurzhan Turganbayev, Gulsharat Zhubyeva

L’histoire se déroule dans le Kazakhstan du IIe siècle. Kelin, une jolie jeune fille, est contrainte, selon les volontés de son père, de se marier. Elle est courtisée par deux prétendants et c’est avec tristesse qu’elle apprend que celui qui a réussi à séduire son père c’est l’homme riche qui a offert une belle dot, alors qu’elle aime Mergyen, un jeune homme pauvre. Kelin accepte de suivre son destin imposé, elle part et tente de profiter de cette nouvelle vie. Mais Mergyen, qui l’aime toujours, défie Bataktashi qui, blessé, meurt…

LITTERATURE

La vie nomade a contribué à ce que la littérature kazakhe ait une longue tradition orale qui se compose de récits épiques relatés par des conteurs. Ils célébraient le plus souvent les conflits qui opposèrent les Kazakhs et les Kalmouks au XVIe siècle et mettaient en avant les exploits des Batyr ou héros guerriers. L’un des passe-temps favoris des kazakhes, dit-on, est l’aitys, sorte de joute verbale, opposant deux participants qui mettent à l’honneur l’attrait de leur ville, de leur village ou de leur clan et qui bien sûr prennent plaisir à ridiculiser la partie adverse… Celui qui manque de réparti a perdu ! L’absence d’écriture jusqu’au milieu du XIXe siècle explique que l’histoire de la littérature soit récente. Le poète Abaï Ibrahim Kunanbayev, fondateur de la Langue écrite de son peuple, est considéré comme le père de la littérature kazakhe. Avant l’ère soviétique plusieurs auteurs tels que Akhmet Baytursunov et Moukhtar Aouézov, ont eu un rôle prééminent, mais les purges staliniennes se sont chargées de les décimer. Des romanciers, des poètes et des dramaturges, tels que Saken Séïfoulline, Béymbet Mayline et Moukhtar Aouézov, ont laissé des œuvres majeures sur le passé du peuple kazakh. La traduction de la littérature amorcée au XIXe siècle, sous l’impulsion des échanges est-ouest initié sous le tsar – avec l’emblématique traduction Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas qu’Abaï traduisait à voix haute dans les steppes – se poursuit avec une ampleur exceptionnelle au cours des années 1920-1930 puis de 1958 à 1990. L’importance de la traduction littéraire française en langue kazakhe (les nouvelles de Maupassant, le roman Jean-Christophe de Romain Rolland Gargantua et Pantagruel de Rabelais, Le Père Goriot et Peau de chagrin de Balzac, vont participer à la naissance du roman dans la littérature kazakhe. La traduction entre 1950-1960, d’œuvres kazakhes en langue française tel qu’Abaï initient les français à la littérature d’Asie centrale. Plus tard, les poètes kazakhs vont traduire des poètes français notamment Victor Hugo, Guillaume Apollinaire et Paul Eluard.

 

ROMAN ET OPERA

 

MOUKTAR AOUEZOV (1897-1961)

Issu d’une famille de nomades qui avait noué une amitié avec le poète Abaï Kounanbaïev, il publie des pièces de théâtre (Tonnerre nocturne, 1934, le Verger, 1937) et des récits (le Chasseur à l’aigle, 1937) avant d’entreprendre pendant une vingtaine d’années des recherches sur la culture, l’histoire et les traditions du peuple kazakh, destinés à la publication de son roman-épopée Abaï, 1942-1947, le Chemin d’Abaï, 1952-1956.

La jeunesse d’Abaï

 (éd. Gallimard 2,1958) Trad. du kazakh par Léonide Sobolev et Antoine Vitez, préambule de Louis Aragon

Cet ouvrage, qui est la première partie d’Abaï, relate la jeunesse, au cœur de   l’Asie centrale il y plus de cent ans, du poète Abaï qui grandit dans une société de clans encore dominée par la polygamie.  Dans ce milieu dur, il découvre la justice, la liberté, l’amour, les sentiments humains, les chants des akynes… … Tout jeune le poète est arraché à sa bien-aimée par les lois du clan. Aragon dans son préambule nous dit : « Le roman épique sur Abaï est l‘une des plus hautes œuvres du XXe siècle. Elle charrie un monde d’images et de pensées, elle prolonge loin dans la nuit et dans le jour. Il ne suffit pas de dire qu’elle s’inscrit au premier rang de la littérature soviétique, on cherche assez vainement dans le reste du monde des œuvres à lui comparer » Et il n’hésite pas à comparer ce roman à Youri Tynianov, Alexei Tolstoï̈ et Sadriddine Ayni, qui ont contribué à la naissance d’un roman historique d’un type nouveau. Quant à Antoine Vitez, il va largement participer à populariser cet ouvrage. La grande force de Mouktar Aouézov est d’avoir reconstitué à travers la vie d’Abaï les grandes périodes de l’histoire du peuple kazakh avec toute la diversité́ de ses us et coutumes. Pour les Kazakhs, ce livre demeure toujours une source inépuisable sur le passé du Kazakhstan.

La voie d’Abaï

Opéra d’Аkhmet Joubanov et Latif Khamidi sur un livret de Moukhtar Aouézov

Cet opéra, écrit par l’union créative du compositeur Аkhmet Joubanov et co-écrit avec le compositeur Latif Khamidi et l’écrivain Moukhtar Aouézov, a été représenté pour la première fois en décembre 1944. Depuis Abaï est joué régulièrement et, c’est sous l’égide de la Saison du Kazakhstan en France, que le plus ancien Théâtre académique kazakh d’Opéra et le Ballet Abaï ont donné une représentation spectaculaire à Paris au Théâtre des Champs-Elysées en 2014. Au cœur de cet opéra venant des steppes les spectateurs ont pu découvrir l’histoire dramatique de la vie du poète : « L’opéra Abaï dépeint la saga de l’amour romantique et aventurier de deux jeunes gens, Ajar et Aïdar. Il évoque la lutte entre conservatisme et réformisme au travers de laquelle on perçoit les faces lumineuses et obscures des personnages. Le poète et penseur Abaï est un véritable héros spirituel qui ouvre la voie de l’espérance et de la liberté. »

 

POESIE

La poésie et le chant sont des éléments majeurs de la culture kazakhe, ils sont également ancrés dans le langage cinématographique. Le hakun est un type de poème chanté par des bardes, appelés aquins , shaiyr et jyraü, accompagnés d’instruments traditionnels comme la dombra, un instrument de musique à cordes pincées, proche de la mandoline. L’art traditionnel du « dombra kuï » kazakh a été inscrit par l’Unesco sur la liste du patrimoine immatériel de l’humanité. Les récitals et concours de poésie sont toujours très populaires.

 

ABAÏ IBRAGIM KOUNANHAÏGOULY OU ABAÏ KOUNANBAEV (1845 à 1904)

Abaï, plus connu sous son nom russifié d’Abaï Kunanbaïev, sage, poète, et philosophe, est le fondateur de la littérature écrite kazakhe dans la seconde moitié́ du XIXe siècle. Né à Tchingis-Tau (aujourd’hui Karaoul) dans une famille d’aristocrates aisés, il reçoit une solide formation religieuse et suit une scolarité à l’école russe de Semei, où il découvre la littérature russe. Bilingue, cet atout lui permet de se lancer dans la traduction d’œuvres de la littérature russe en kazakh.  Il a composé un ensemble important de poèmes, le plus souvent destinés à être chantés. Son recueil le plus connu Paroles édifiantes, est une sorte de pamphlets moralisateurs. Cet ouvrage célèbre, où l’auteur loue la justice et la liberté, a eu une grande influence sur le peuple kazakh.

Paroles édifiantestraduit de l’adaptation anglaise fournie par le site www.abay.nabrk.kz par E. Dupa

45éme parole

(…) « La preuve de l’existence du seul Dieu, unique et omnipotent, est donnée par le fait que pendant des milliers d’années, des peuples de langues différentes ont parlé de Dieu, et, aussi nombreuses que puissent être et avoir été les religions, toutes considèrent que l’amour et la justice sont les attributs de Dieu.

Nous ne sommes point des démiurges, mais des mortels qui ne connaissent ce monde que par les choses qui ont été créées. Nous sommes les serviteurs de l’amour et de la justice. Et nous différons les uns des autres dans la manière dont nous appréhendons les créations du Très Haut.
La source de l’Humanité est l’amour et la justice. Elles sont omniprésentes et décident de tout. Elles sont la couronne de la Création Divine. Même la façon dont un étalon saille une jument est une manifestation de l’amour.

Quiconque demeure sous l’emprise des sentiments d’amour et de justice est un homme sage et savant. Incapable d’inventer science et apprentissage, nous ne pouvons que contempler et percevoir le monde créé, et tâcher de comprendre son harmonie par notre Raison.»(…)

AMANJOLOV KASSYM RAKHIMJANOVITCH (1911-1955)

A l’occasion du centenaire du poète Marc Garland (Huffingtonpost), nous donne quelques précisions sur ce poète et nous propose un choix de poèmes. Après des études de vétérinaires puis à l’Institut Pédagogique d’Oural, Kassym Amanjolov se spécialise à l’Institut des Eaux et Forêts de Leningrad. Ses premiers poèmes sont publiés en 1931 et on le considère comme l’un des fondateurs de la poésie lyrique kazakhe.  Il suit les canons de la poésie classique kazakhe, le jyraou (poésies de légende) et le tolgaou (poésie de réflexion). Il est également l’auteur de chansons très populaires, et traducteur en kazakh des œuvres de Nizami (Leïla et Majnum), des poèmes de Lermontov, Pouchkine et Maïakovski.

 

Poèmes en kazakh

traduits en français par Athanase Vantchev de Thracy et Mursal-Nabi Tuyakbaev

De la poésie

Parfois, je reste assis, plongé dans la torpeur,

Comme si un écrasant fardeau pesait sur moi,

Imperceptible, passe le temps,

Sans accomplir sa tâche.

Parfois, surpris, je tressaille,

Comme si je venais de trouver ce que je cherchais,

On dirait que depuis peu de temps,

Un torrent charriant des blocs de glace commence à couler en moi.

Deux fois plus vite coulent mes vers,

À peine ai-je le temps de les coucher sur le papier,

Tantôt je les chante, tantôt je les récite,

Plein d’un immense bonheur.

Je déplie mon corps, hier recroquevillé,

Le feu en moi brûle d’une flamme éblouissante,

Je me réjouis du nouveau-né,

Assis, je lui procure du plaisir.

Mes vers sont mes enfants,

On dirait qu’ils me ressemblent,

Je respire, penchés sur eux, je les étreins,

J’essaie de leur apprendre plusieurs langues.

Qu’il est beau ce monde,

J’ignore la tristesse et le ressentiment,

J’irradie, je suis comme un jeune enfant,

Je brûle, tout entouré d’amour.

 

Sary-Arka (1943)

Sary-Arka, or brillant, or flottant à la lueur des bougies,

Tu es devenue lieu de vie depuis plusieurs siècles,

Montagnes joyeuses, merveilleux espaces, rivière pleine de gazouillis,

Rendent plus libre ton souffle quand tu grimpes sur les collines.

Ouvrant ses ailes toutes de poèmes et de chants,

Tel un oiseau, ton cœur s’envole vers le ciel,

L’amour, l’amour total envahit tout ton être,

Et Sary-Arka vient vivre en toi, qui débordes de jeunesse.

Retrouvant la paix dans les bras de Sary-Arka,

Je me souviens comment, enfant, j’aimais jouer,

Ayant débarrassé ma peau de mes années d’orphelin,

Je suis tombé amoureux des nuages couronnant le pic lointain.

Ô belle Arka, tu dévoiles ton clair et rayonnant visage,

Tu câlines le jeune orphelin, tu chasses ses peines.

Ô toi qui éloignes de moi la grise mélancolie des tombes,

Que dire de tous ces miracles accomplis pour moi ?

Sary-Arka, tu me remplis de nostalgie, Ô ma patrie,

Ô steppe d’or, tu es ma mère, pure et généreuse est ton étreinte,

Et voilà que je te traverse sans pouvoir m’arrêter,

Derrière, c’est toi, ma mère, devant, c’est la guerre,

Dis-moi, mère, que dois-je faire ?

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